Michel et Augustin : vendre des gens avant des produits
En 2004, deux amis d’enfance lancent des biscuits. Le rayon est tenu par des groupes qui pèsent des milliards, avec des budgets publicitaires sans commune mesure. Ils n’ont ni l’un ni l’autre.
Alors ils font quelque chose que les grands ne peuvent pas faire : ils mettent leurs prénoms sur la boîte. Michel et Augustin. Leurs photos aussi. Les emballages parlent à la première personne, avec de l’humour et des détails de leur quotidien. Leurs locaux s’appellent « la Bananeraie ». En 2015, ils s’envolent pour Seattle tenter de rencontrer le patron de Starbucks sans rendez-vous — et l’opération, racontée en direct, débouche sur une distribution aux États-Unis.
Ce qui compte ici n’est pas l’anecdote. C’est le raisonnement stratégique derrière.
Ils ont transformé leur faiblesse en avantage
Face à un géant de l’agroalimentaire, être petit est un handicap sur tout : le prix, les volumes, la distribution, la publicité.
Sauf sur un point. Un groupe international ne peut pas avoir de visage. Il n’a pas de fondateur qu’on croise, pas de prénom, pas d’atelier. Il est, par construction, anonyme.
Michel et Augustin ont donc joué la seule carte que leur taille rendait possible, et l’ont jouée à fond. Ce n’était pas une décision cosmétique — c’était le choix du terrain sur lequel se battre.
Vous êtes exactement dans cette position
Un artisan face à une grande enseigne de rénovation, ou face à une plateforme de mise en relation, est dans le même rapport de force. Vous ne gagnerez ni sur le budget publicitaire, ni sur le référencement national, ni sur les prix d’appel.
Mais votre client, lui, ne cherche pas une entreprise. Il cherche quelqu’un à qui confier ses clés. Quelqu’un qui viendra vraiment, qui finira le chantier, qu’il pourra rappeler dans deux ans si un joint lâche.
Cette confiance-là ne se donne pas à un logo. Elle se donne à une personne.
Ce que ça veut dire concrètement sur votre site
Votre photo, en grand, sur la page d’accueil. Pas une image de banque avec un ouvrier souriant que personne ne croit. Vous, sur un chantier, avec vos outils. C’est le seul élément de votre site que vos concurrents ne peuvent pas copier.
Votre prénom dans les textes. « Je pose des fenêtres depuis quinze ans » vaut mieux que « notre société met son expertise à votre service ». Le « nous » d’entreprise sur un site d’artisan seul sonne faux, et ça se sent.
Pourquoi vous faites ce métier. Une ou deux phrases vraies. Ce que vous aimez dans le travail du bois, ou pourquoi vous avez quitté une grosse boîte pour vous installer. C’est ce que les gens lisent réellement.
Ce que vous refusez. Rien ne crédibilise autant. Un menuisier qui écrit « je ne fais pas de pose de cuisine en kit, ce n’est pas mon métier » gagne instantanément en confiance sur tout le reste. Une entreprise qui prétend tout savoir faire n’est bonne à rien de précis.
Ce qu’il ne faut pas en conclure
Ne copiez pas le ton. L’humour de Michel et Augustin leur appartient. Une marque qui plaque un ton décalé qui n’est pas le sien produit un malaise immédiat — et c’est très fréquent chez ceux qui essaient de reproduire la recette. Si vous êtes quelqu’un de sobre et précis, votre site doit être sobre et précis. C’est l’authenticité qui fonctionne, pas la légèreté.
Ne racontez pas votre vie. Le récit sert le client, pas votre ego. Ce qu’il veut savoir, c’est si vous êtes compétent et fiable. Votre histoire est la preuve, pas le sujet.
N’inventez rien. Un « artisan de père en fils depuis 1932 » qui s’est installé en 2019 finira par se faire prendre, dans une ville où tout le monde se connaît. Et sur des commerces de proximité qui se parlent, ça coûte plus cher que ça ne rapporte.
La question à se poser
Regardez votre site actuel, ou celui d’un concurrent. Enlevez le logo et le nom. Est-ce que le texte pourrait s’appliquer à n’importe quelle entreprise du même métier ?
Si oui — et c’est le cas de l’écrasante majorité — alors ce site ne vous distingue pas. Il vous met dans la pile.
Ce qui reste après avoir enlevé le logo, c’est ce que vous vendez vraiment. Chez Michel et Augustin, il restait deux types avec des prénoms. Chez vous, il devrait rester quelqu’un.
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